Retour au blog
Carrelage décoratif avec les mots 'próclise', 'ênclise', 'mesóclise' en calligraphie — illustration des différentes positions du pronom en portugais.
PortugaisGrammaire

Portugais : próclise, ênclise, mesóclise — où mettre le pronom

22 mai 20265 min de lecture

Próclise, ênclise, mesóclise en portugais : quand le pronom vient avant, après ou au milieu du verbe. Déclencheurs, différences Portugal/Brésil, exceptions et mémo pratique.

Próclise, ênclise, mesóclise. Trois mots impressionnants pour une question très simple : où coller les pronoms objets en portugais ? Avant, après, ou au milieu du verbe. Avec quelques déclencheurs en tête, tout devient prévisible.

Les trois positions, en clair

D’abord le vocabulaire utile. Un pronom clitique est un petit pronom non accentué (me, te, se, o, a, nos, vos, lhes…) qui s’appuie sur un verbe. En portugais, il peut se placer à trois endroits :

  • Próclise (avant le verbe) : "Ele me viu."
  • Ênclise (après le verbe, avec un tiret) : "Ele viu-me." (fréquent au Portugal)
  • Mesóclise (au milieu du verbe futur/conditionnel) : "Ver-te-ei" ("je te verrai"). Style soutenu.

Mémo

Repère rapide : s’il y a un mot qui attire le pronom avant le verbe (négation, relatif, interrogatif, certains adverbes), c’est la próclise. Sans attracteur, portugais européen préfère souvent l’ênclise; au futur/conditionnel, la mesóclise existe surtout en registre formel.

Déclencheurs de la próclise (avant le verbe)

Voici les aimants classiques qui font venir le pronom avant le verbe, avec un exemple à chaque fois :

  • Négation : "Não me diga." / "Nunca te vi."
  • Pronoms relatifs et conjonctions : "O livro que me deste…", "Se me ligares, eu vou."
  • Interrogatifs : "Onde te encontraram?", "Por que me chamaram?"
  • Certains adverbes avant le verbe (déjà, encore, toujours, aussi, seulement) : "Já te contei.", "Ainda me lembro.", "Sempre me ajudou.", "Também me disse.", "Só me falta isto."

En présence de ces éléments, même le futur/conditionnel abandonne la mesóclise : "Não te direi" (et non "dir-te-ei").

Quand l’ênclise s’impose (après le verbe)

Sans déclencheur de próclise, le portugais européen place souvent le pronom après le verbe fini, surtout en tête de phrase : "Disse-me que sim." Au Brésil, on dira plus volontiers "Me disse…" dans la langue courante, même si la norme écrite accepte aussi l’ênclise dans certains contextes.

  • Impératif affirmatif : "Diga-me a verdade.", "Conta-me tudo." (au Brésil, "Me diga", "Me conta" est très courant à l’oral)
  • Infinitif ou gérondif sans attracteur : "Ver-te amanhã é melhor.", "Dizendo-me a verdade, resolves tudo."

Orthographe utile avec ênclise aux pronoms de 3e personne (o, a, os, as) :

  • Verbes finissant par -r, -s, -z perdent la dernière lettre et prennent -lo/-la/-los/-las : "amar + o → amá-lo", "vender + a → vendê-la".
  • Verbes finissant par -m, -ão, -õe prennent -no/-na/-nos/-nas : "põem-na na mesa."

Et la mesóclise ?

La mesóclise n’existe qu’avec le futur simple et le conditionnel, et seulement s’il n’y a pas d’aimant de próclise. Exemples soutenus : "Dar-te-ei notícias.", "Dir-se-ia o mesmo." En pratique, au Brésil, on contourne souvent par une tournure périphrastique : "Vou te telefonar." Au Portugal, la mesóclise survit surtout dans l’écrit formel; à l’oral, on entend plutôt des options plus simples selon le contexte.

Portugal vs Brésil : l’usage en deux mots

Tendances générales observées par les grammaires descriptives : en portugais européen, ênclise après verbe fini est fréquente quand rien n’attire la próclise, surtout en début de phrase ("Disse-me"). Au Brésil, la próclise est très répandue dans la langue courante ("Me disse"), avec ênclise surtout en impératif affirmatif et après infinitif/gérondif. La mesóclise reste un marqueur de style soutenu, plus visible au Portugal et dans l’écrit soigné au Brésil.

[@portabletext/react] Unknown block type "table", specify a component for it in the `components.types` prop

Pour un panorama détaillé et des exemples supplémentaires, voir l’article "Colocação pronominal" sur Wikipédia en portugais et des réponses de grammairiens sur Ciberdúvidas da Língua Portuguesa.

Mon expérience

Au début, j’hésitais entre "disse-me" et "me disse". J’essayais de mémoriser des listes… puis j’ai remarqué que repérer l’aimant marchait mieux : si je vois "não", "que", "onde" ou "já", je colle le pronom avant. Sinon, je choisis selon le registre et la variété que je vise. En parlant avec des amis du Brésil, "me disse" sort tout seul; avec des vidéos du Portugal, "disse-me" devient naturel. Mon cerveau aime les déclencheurs, pas les dogmes.

Comment t’entraîner

Prends 5 phrases simples et crée trois versions quand c’est possible : próclise, ênclise, mesóclise ou périphrase. Exemple de base "dizer a verdade": "Não me diga a verdade"; "Diga-me a verdade"; "Dir-me-ei a verdade" (soutenu) / "Vou me dizer a verdade" (peu idiomatique, préfère "Vou te dizer a verdade" selon la personne). Tu peux t’exercer avec des phrases à trous dans le module Phrases de Discus, puis parcourir la page langue pour repères de prononciation et d’usage : Portugais.

Pour aller plus loin

Sur le plan linguistique, ces pronoms sont des clitiques qui s’adossent prosodiquement au verbe hôte. Les « attracteurs de próclise » (négation, subordonnants, interrogatifs, adverbes focaux) imposent un domaine syntaxique où le clitique doit précéder le noyau verbal. L’ênclise européenne reflète une préférence rythmique et stylistique pour l’appui postverbal en l’absence d’éléments gouvernants, tandis que la variété brésilienne a généralisé la próclise en registre courant. La mesóclise est morphologiquement contrainte aux temps synthétiques du futur et du conditionnel; elle se raréfie face aux périphrases aspectuo-temporelles ("ir + infinitif"). Noter les alternances -lo/-la et -no/-na, héritées de l’ajustement phonologique du -r/-s/-z final et des finales nasales : "amá-lo", "vendê-la", "põem-no". Garder ces mécanismes en tête aide à analyser des formes moins fréquentes lues dans la presse ou la littérature.

Amaury Lavoine

Amaury Lavoine

Article rédigé par Amaury Lavoine, fondateur de Discus. Il apprend le swahili au quotidien avec une enseignante kényane — c'est cette pratique qui guide chaque décision produit.

À propos de Discus